Le Livre en papier • Je voudrais tes jambes - 2 x + vite - vv' - Fiction dystopique sur les notions de déficience, de normalité, d'humanité de Bénédicte DECLEYRE

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Je voudrais tes jambes - 2 x + vite - vv' - Fiction dystopique sur les notions de déficience, de normalité, d'humanité
Ceci est une fiction. Néanmoins, je la vois, au quotidien. Dans nos vies, nos courses, nos métiers, nos familles. Nous courons. C’est l’histoire d’une Société indéter-minée, certainement capitaliste et armée, qui trouva brillante l’idée d’appareiller les militaires blessés. C’est le scénario d’un produit qui prit les devants du marché, les dérives juridiques et éthiques, les désirs de puissance et la sur-adaptabilité au progrès jusqu’à des extrémités confinant à l’absurde. L’auteure nous emmène, avec l’art littéraire qui est le sien, touches d’humour, d’érudition, souffle court et calqué sur le rythme de ceux qui courent. Jusqu’à trébucher.
Prix : 16,00 €
Tous les prix incluent la TVA
Ce livre a été écrit en 2011, à 29 ans, baignée des vagues de réflexions engendrées par un Certificat en Ethique des soins de santé.

A cette époque, j’étais encore capable de cumuler mon travail de juriste, les formations complémentaires musicales, artistiques et universitaires, ma vie de couple, les rénovations, et point d’orgue : une grossesse gémellaire.

Etais-je de ceux qui courraient ? Des années durant, je n’en ai pas eu conscience et pourtant, j’étais, cette fille/femme active, sautant de la voiture au train, pc en bandoulière, sac à main de l’autre, et trottinette à l’épaule pour dépasser la foule et gagner quelques minutes de trajet. Du privé au boulot, du boulot aux cours, des cours à la maison. Et de l’attention pour ceux qui la demandaient.

Je n’avais toutefois pas l’impression de subir ma vie. Je la validais et occupais les moindres parcelles de mes journées. A peine piquais-je du nez contre la vitre du train ou les bras croisés sur mes dossiers, un quart d’heure, à midi. Quelques heures, la nuit.

Fut un jour où cependant, ma vie commença doucement à se déchirer. A trop tirer sur l’étoffe, il semblerait que l’on l’use, et qu’elle s’effiloche. Je me suis effilochée sans le réaliser, tenant encore et toujours plus, un nouveau job, nouvelles formations, nouvel enfant, nouvelle maison, autre ville, autres trajets, toujours le train, la vitre, le bureau, le quart d’heure de plongée. Epuisée.

Ce ne fut pas moi qui tirai la sonnette d’alarme. Moi, je poursuivais, sur ma lancée, affrontant les difficultés ou plutôt les gérant, puisque tel était mon métier, que ce soit au boulot ou au privé. A peine ai-je arrondi les épaules, rangé ma trottinette, courbé le dos, creusé mes joues, augmenté mes nuits blanches. Puisqu’il fallait avancer, j’avançais, que ce fut seule et non plus accompagnée.

Un matin, toutefois, je ne parvins plus. Du tout. A concevoir remonter dans le train. Une corde s’était brisée. Telle un pantin, j’étais, lâchée, contemplant un trou béant à mes pieds. Ma vie s’était vidée. J’avais perdu le sens. La direction. Le but. Le pourquoi du comment. Aurais-je voulu recommencer à courir que je ne l’aurais su. Essoufflée. Mon corps et mon esprit avaient eu raison de ma volonté. Moi qui n’avais pas su m’arrêter. Ils l’avaient fait. Stoppée en plein élan, mais cet élan était-il vers le haut, ou vers le rien ?

Ce 15 novembre 2018, je suis en passe d’achever la préface de ce troisième ouvrage. Moi qui suis en arrêt de travail depuis un an pour burn out, je m’interroge de savoir si j’ai vraiment ralenti le rythme. Trois livres publiés en moins d’un mois. Deux certificats universitaires en deux ans. Des milliers de pages écrites sur les rivages de ces deux années de virages. Trois enfants à mi-temps. La maison. Une nouvelle formation en vue de la reconversion. Et cet épuisement qui me colle aux épaules, manteau de fatigue qui me rappelle, constamment, qu’à trop tirer sur une corde, l’on risque de l’user.

Et je vous vois, depuis mon pas ralenti, je vous vois, marcher, courir, sauter dans des trains, vous parquer, bousculer, visages collés à vos écrans. Je vous regarde sur les campus, dans les gares, les rues, vos vélos pliants, skates, segway, trottinettes électriques. Il en est même un que je vis juché sur des échasses, parcourant d’une foulée le pas de trois. Je vois, dans la réalité, cette fiction que j’avais imaginée il y a sept ans. Et rédigeant ces lignes, je ressens l’envie de pleurer. Me rappelant l’époque où lorsque je patinais, c’était des heures durant, pour le plaisir, enfant, à tourner sur la modeste terrasse de mon jardin ; où j’enjambais mon vélo pour me promener, sans autre objectif que lever le nez et respirer le brin de campagne d’à côté.

Vous qui me lisez, prenez soin de vous. J’entends, étonnée et pourtant pas, le nombre conséquent de personnes de mon entourage qui se retrouvent à devoir réellement lever le pied, d’avoir une faiblesse au tendon d’Achille, aux ligaments, des entorses, fractures de fatigue. Ils se cumulent, s’additionnent, parfois burn out, parfois diagnostic physique, et s’empilent, telles des cartes, sur lesquelles s’inscrivent les marques de nos stress, de nos courses, de nos défis. Et deviennent, à trop courir, finalement, ceux que la vie force à ralentir.

A vous, également, qui au contraire avez été contraints, dès votre naissance, ou aux détours de l’existence, à avancer au ralenti, contempler notre vitesse et parfois notre indifférence ou plutôt inconscience de ce monde encore trop inadapté à la mobilité réduite. Mon respect et mon estime.

Ce livre, je l’ai rédigé en vous gardant à l’esprit, et je voudrais le dédier à cette femme, rencontrée il y a trois semaines lors de mon bénévolat en cancérologie : Mary, ancienne motarde, porteuse d’un cancer des os généralisé. En chaise après avoir sillonné les routes durant 23 années. Elle qui portait, à gauche, une mitaine de vélo et, à droite, une orthèse. Alliage de force, et de fragilité. Je frissonne de ressentir la même impression de puissance (la sienne) et d’humilité (la mienne) que lorsque j’ai discuté avec elle. La vie n’est pas dans un après. Elle est là. Au présent. Pourquoi vouloir courir puisqu’elle n’est pas à attraper ?
Auteur : Bénédicte DECLEYRE
Editeur : Empreinthe Asbl
Catégorie : Romans & Essais - Contemporain
Format : A5 (14,8 x 21 cm)
Nombre de pages : 82
Couverture : Souple
Reliure : Dos carré collé
Finition : Brillant
ISBN : 978-2-8083-0313-2
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Bénédicte DECLEYRE Juriste et poète. Diplômée en Droit, certifiée en Aptitudes pédagogiques, en Ethique des soins de santé, en Droits de... Tous les ouvrages de cet auteur »
Empreinthe Asbl Empreinthe est une toute jeune asbl qui a pour vocation d'entrer en relation et permettre la communication, par le biais... Tous les ouvrages de cet éditeur »
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