A Anseroeul, en 1901, Pierre-Joseph Daumerie transcrivit la chanson de Liedericq dans son livre « Les pierres sépulcrales de l’abbaye de Ghislenghien » (fondée en 1126 par Ides de Chièvres, épouse en premières noces de Gilles de Chin). Cent exemplaires ont été imprimés à l’époque.
En février 1992, dans le Courrier de l’Escaut, Gérard Razée, originaire d’Anseroeul, proche parent de P-J Daumerie et journaliste au Courrier, écrivait : « Dans les archives de la famille, nous avons pu extraire ce document rare qui nous permet d’offrir aujourd’hui le texte de cette chanson rimée à nos lecteurs ». C’est l’occasion pour lui, au passage, d’évoquer le personnage de Liedericq :
« Les historiens de Flandre ne s’accordent pas sur l’origine de Liedericq (…) Tout cela n’est que suppositions, conjectures et hypothèses. Pour nous, toutes ces histoires d’historiens en chambres sont souvent dénuées de fondement, et à défaut de preuves appuyées par des documents authentiques datant de cette époque, nous disons qu’il vaut mieux en l’occurrence s’en référer à la légende et à la tradition, c’est-à-dire, prendre le bâton de Jacques de Guise, voyager parmi les campagnes, de communes en communes, de hameaux en hameaux, de maisons en maisons, pour écouter chanter les mères en berçant leurs enfants ou en tournant leurs rouets. Si ce grand historien du Hainaut n’avait pas suivi cette voie patiente et dure, l’histoire de notre pays, quelle que fantastique qu’elle puisse paraître, ne serait qu’un vain mot.
La légende de Liedericq s’est accréditée sous les plumes autorisées de Christian Masseuw, de Pierre d’Oudegherst, de Ph. de l’Espinoy et d’Henri Conscience quoique manquant tous de précision ; mais pour se convaincre de la vérité il faut visiter une petite commune flamande nommée Amougies, berceau de la naissance de ce prince, bordée par la rivière de Rosne, et située à la lisière de la forêt sans merci et sans miséricorde recouvrant les monts de l’Enclus.
A l’ombre de cette forêt, autrefois solitaire, nous entendons encore tous les jours les vieilles de cette commune, chanter leur chant patriotique, c’est-à-dire la légende de leur Liedericq, composée de 24 couplets. (…) »
Maurice Pichon, grand défenseur du patrimoine local, estime que cette chanson rimée de Liedericq est de première importance pour l’histoire de la région.
Elle est riche en circonstances historiques, résumées par un nom ou quelques mots qui situent l’événement.
Pas de dates – ce qui souvent est une précision ultérieure – mais des noms de rois : Clotaire II, Dagobert Ier pour poser l’action dans le temps.
Les parents de Liedericq quittent la Bourgogne suite à des guerres religieuses. Or, il est vrai que la plupart des Burgondes, par ailleurs plus civilisés que les autres Francs, avaient embrassé l’hérésie de l’arianisme. A cette époque de graves guerres dynastiques avaient lieu entre les différents rois mérovingiens, le clergé soutenant ceux qui luttaient contre les hérésies : la Burgondie était donc la proie de guerres dont des motifs religieux n’étaient pas absents. Trouver ce détail mentionné comme cause de départ du prince Salvaert de Dijon relève donc de la pure vérité et on imagine mal un conteur de chez nous inventer un élément aussi banal en apparence. D’autre part, on ne trouve ce motif repris que dans la vieille version rimée.
Dans cette version également, contrairement aux autres, aucune présence de mages et sorciers qui occuperaient la forêt ; rien que les brigands, dirigés par un comte félon habitant Lille, qui pillent les voyageurs traversant la forêt « sans foi ni merci ».
La chanson de gestes rapporte donc, d’une manière simple, une suite de faits héroïques mais naturels et bien circonstanciés qui manifestaient la haute origine, le courage, la force de caractère et l’œuvre civilisatrice de Liedericq.
Nous avons d’abord situer la « fontaine del Sault » à Amougies près de laquelle vit l’ermite de la légende au 7e siècle. Il sera suivi de nombreux autres ermites dont la présence est attestée sur les hauteurs de l’Enclus.
Avant de citer le texte de ce trésor local qu’est la version rimée de la légende, nous avons repris les différentes versions des chroniqueurs « autorisés » : Christian Masseeuw (15e siècle), les Fastes de l’Arbre d’or (1468), Pierre d’Oudegherst (16e siècle), Philippe de L’Espinoy (16e – 17e s.) sans oublier la version théâtrale de J. Droomers (1696), celle de l’Echo de Renaix (1857), d’Hendriek Conscience (1881) , d’Alexandre Dumas (1881), d’Hippolyte Verly (1884) dans ses contes flamands, de Lauwereyns (1933) ou de Cécile Ameye (1948)
Nous avons pu compléter notre version rimée (très ancienne) transmise par P.J. Daumerie par une version lilloise très proche (mais moins complète) transmise par Alexandre Desrousseaux.
Nous avons conclu en montrant comment, encore aujourd’hui, cette légende vit ! …
| Auteur : |
Philippe Duponcheel |
| Catégorie : |
Histoire |
| Format : |
A4 (21 x 29,7 cm) |
| Nombre de pages : |
92 |
| Couverture : |
Souple |
| Reliure : |
Dos carré collé, cousu au fil de lin |
| Finition : |
Brillant |
| ISBN : |
978-2-8083-3984-1 9782808339841 |