Cette essai met en évidence la persistance de mécanismes structurels d’invisibilisation et de marginalisation des femmes dans le jazz, inscrits dans des rapports de genre profondément ancrés révélés par une approche historique, sociologique et institutionnelle. L’étude montre que l’histoire et les récits dominants du jazz ont été largement masculinisés, reléguant les contributions des musiciennes — instrumentistes, chanteuses et compositrices — à une place secondaire, tant dans l’enseignement que dans les programmations, les réseaux professionnels et l’accès aux ressources économiques.
Les inégalités observées ne se limitent pas à la visibilité artistique : elles concernent également la précarité contractuelle, les écarts de rémunération, la reconnaissance des droits d’auteur et l’accès aux positions de pouvoir et de leadership. Ces déséquilibres sont renforcés par des stéréotypes pédagogiques, des pratiques de cooptation masculine et la domination de réseaux informels masculins, contribuant à la reproduction des inégalités.
Face à cette situation, des dynamiques de résistance émergent à travers des collectifs féminins, des réseaux de soutien, des initiatives non-mixtes et des politiques institutionnelles visant à corriger les déséquilibres. Si ces dispositifs constituent des leviers importants de visibilité et d’émancipation, leur impact demeure limité tant qu’ils ne s’accompagnent pas d’une transformation profonde des normes professionnelles, des critères de légitimation artistique et des modes de gouvernance du secteur.
L’étude souligne également la faiblesse de la documentation et des données statistiques en Belgique, ce qui complique la construction d’une mémoire inclusive et justifie la poursuite de recherches empiriques plus approfondies, notamment par des approches quantitatives, qualitatives et intersectionnelles. Elle insiste enfin sur la nécessité de politiques structurelles durables : formation inclusive, mentorat, archives égalitaires, reconnaissance institutionnelle, mais aussi prise en compte des contraintes liées à la « double » ou « triple » charge pesant sur les musiciennes.
En conclusion, Jazz au féminin plaide pour une responsabilité collective — institutionnelle, professionnelle et sociale — afin de permettre une transformation réelle et durable du jazz belge. L’enjeu est la construction d’une scène véritablement inclusive, fondée sur une mémoire plurielle, une redistribution équitable des ressources et une reconnaissance pleine et entière des talents féminins, condition essentielle à l’avenir et à la vitalité du jazz.
| Auteur : |
Marc Philippe Legein |
| Catégorie : |
Romans & Essais - Essais |
| Format : |
A5 (14,8 x 21 cm) |
| Nombre de pages : |
150 |
| Couverture : |
Souple |
| Reliure : |
Dos carré collé |
| Finition : |
Brillant |
| ISBN : |
978-2-8083-3976-6 9782808339766 |